Chronologie du développement de l'enseignement à distance de la fin du XIXe siècle à nos jours

Les tableaux chronologiques présentés ci-après ont été élaborés sur la base des travaux que mène l'ORAVEP en la matière, complétés par d'autres sources (UNESCO, Chabchoub, 1992, ...). Bien que cette chronologie n'ait pas la prétention d'être exhaustive, elle indique les grandes dates du développement de l'enseignement à distance et son contexte, en France notamment.

A) 1840-1919 : Les pionniers de l'enseignement par correspondance

  • 1840 : création en Angleterre par Isaac PITMAN du premier cours par correspondance
  • 1856 : création de l'institut Toussaint et Langenescheidt à Berlin, institut spécialisé dans l'enseignement des langues par correspondance
  • 1877 : création en France du "Cours HATTEMER", 1881, création du cours "L'école chez soi" par l'éditeur Léon Eyrolles, 1907, création de "l'Ecole Universelle": Organismes privés, spécialisés sur l'enseignement de la culture générale, arts, langues étrangères, soutien scolaire et préparation aux concours administratifs.
  • 1906 : création du Ministère du Travail
  • 1919 : Loi Astier qui permet le développement de l'enseignement technique.


B) 1920-1945 : L'ébauche de l'enseignement multi-média
 

  • Années 1920-1930 : l'enseignement par correspondance s'oriente plus vers le soutien scolaire
  • Développement du cinéma et premières tentatives pour associer le disque 78T avec l'apprentissage des langues
  • 1926 : Radio-Luxembourg diffuse des émissions éducatives
  • 1927 : La radio d'État "Paris-PTT" diffuse une émission de l"'Institut radiophonique d'extension universitaire"
  • 1937 : début de Radio Sorbonne
  • Années 30 : naissance de plusieurs centres d'orientation et de formation partiellement subventionnés par l'État
  • 1939 : nécessité d'organiser l'enseignement en "zone libre"
  • 1940 : naissance du Centre National de Télé-Enseignement (CNTE), établissement public sous tutelle de l'Éducation Nationale (1944-45 : 1413 inscrits


C) 1944-1971 : La restructuration de la formation

  • 1946-1947 : réorganisation des grandes associations professionnelles et définition de la formation professionnelle : acquisition d'un métier, reconversion professionnelle ou perfectionnement dans un métier déjà connu en vue d'une promotion
  • 1949 : création de l'Association nationale interprofessionnelle pour la formation rationnelle de la main-d'œuvre, qui devient en 1966 l'AFPA.
  • 1949 : l'INTEC, dépendant du CNAM met en place une formation par correspondance ; 1959, l'ANIFRMO prépare par correspondance au concours de technicien géomètre.
  • Années 50 : développement du microsillon et du magnétophone
  • début des années 60 : premières réflexions sur la télévision éducative
  • 1962 : 73 000 inscrits au CNTE, 1971, 158 000
  • 1962 : lancement du satellite Telstar
  • 1963 : début de Télé-CNAM
  • 1965 : création du Centre National de promotion Rurale (CNPR) qui lance un enseignement par correspondance dans les zones rurales.
  • 1966 : Lancement de Télé Promotion Rurale sur la deuxième chaîne
  • 1969 : développement de la télévision scolaire par l'UNESCO dans les pays en voie de développement.
  • 1971 : loi du 16 juillet qui fait de la formation professionnelle une "obligation nationale"


 D) 1970-1994 : Déclin et renaissance de la télévision éducative - Essor de l'enseignement à distance au niveau international

  • années 70 : Création du Conseil International de l'enseignement à distance, du Consortium International Francophone de Formation à distance (CIFFAD), de l'Association des Écoles Européennes d'Enseignement par correspondance, de l'association des Universités Ouvertes d'Asie.
  • 1970 : création de l'Université Nationale d'Éducation à Distance en Espagne
  • 1972 : création de l'Open Université en Grande-Bretagne
  • 1974 : la dissolution de l'ORTF en France crée une situation de concurrence dans l'audiovisuel et fait passer au second plan les préoccupations de formation et d'éducation.
  • 1978 : création du l'Université ouverte Sukhotaï Thamirat de Thaïlande
  • 1979 : création de l'Université centrale par la radio et la télévision de Chine
  • 1980 : création de l'Université Taburka d'Indonésie et de l'Université par correspondance de Corée du Sud
  • 1982 : fin du monopole d'État sur la télévision'
  • 1982 : lancement du plan Câble
  • 1986 : loi sur la communication audiovisuelle
  • 1984 : lancement de Canal+, 1986, lancement de la cinquième et sixième chaîne,
  • 1987, privatisation de la première chaîne
  • 1985 : Lancement du Plan Informatique pour Tous
  • 1987 : expérimentation de la télévidéothèque scolaire "Educâble" par le CNDP suivie, quelques années après, par l'expérimentation de "Formacâble" destinée à la formation professionnelle.
  • 1990 : lancement de la chaîne éducative par satellite EUROSTEP (satellite Olympus)
  • 1993-94 : La télévision éducative se réduit à 1 h 30 de programme 4 jours par semaine destinée aux lycéens
  • 1992 : La chaîne franco-allemande Arte commence à diffuser sur le réseau de la 5
  • 1993 : annonce par le Premier Ministre français de la création d'une chaîne de télévision de la connaissance et de la formation
  • décembre 1994 : lancement de la "Cinquième, télévision de la connaissance et du savoir"
  • 1994 : l'éducation des enfants et le télétravail sont, pour les ménages français, les deux principaux motifs d'achat d'un micro-ordinateur (enquête INTEL)
  • 1994 : la mission interministérielle "Thierry Breton" sur le développement des téléservices en France estime que le nombre d'utilisateurs français des technologies de formation se situera entre 2 millions et 5 millions à l'horizon 2005.

E) 1995 : amplification du mouvement

  • Mise en place par la Délégation à la Formation Professionnelle d'une procédure d'agrément pour la diffusion des produits pédagogiques multimédias pour la formation professionnelle
  • Appel à projets "Les Autoroutes de l'Information " lancé par le Ministère de l'Industrie : 12,6% de ces projets, soit 36 d'entre eux, comportent un volet éducation/formation
  • 300 produits éducatifs sur CD-ROM en France (recensement ORAVEP)
  • Appel à projets "Entreprise Apprenante" lancé par la Délégation à la Formation Professionnelle.



Les grandes phases de développement du concept d'enseignement à distance

L'enseignement à distance et la formation à distance (nous emploierons indifféremment les deux termes) existent depuis plus d'un siècle dans les pays développés, et depuis environ une génération dans la plupart des pays en voie de développement (UNESCO, 1995).

Les spécialistes (Duhamel 1990, Dericke 1992...) distinguent plusieurs générations de systèmes d'Enseignement à Distance.

A) L'Enseignement à Distance de première génération - L'Enseignement à Distance de première génération, plus connu sous le nom d'Enseignement par Correspondance, a vu le jour au milieu du l9ème siecle. C'est le développement des Postes dans les pays développés qui a permis aux professeurs et aux élèves d'utiliser le courrier pour transmettre les cours, les travaux dirigés et les devoirs. Le but était -déjà à l'époque- de faciliter l'accès au savoir pour tous, notamment aux personnes rencontrant des problèmes d'accès aux lieux de formation : handicapés, isolés géographiquement, etc... L'idée d'égalité des chances et d'ouverture à tous de l'enseignement était déjà prégnante.

En France, les initiateurs de l'enseignement par correspondance ont d'abord été des organismes privés spécialisés dans les cours de culture générale, arts, langues étrangères, soutien scolaire et préparation aux concours.

Avec 340 000 inscrits, le Centre National d'Enseignement à Distance (CNED) est l'institution la plus représentative de l'enseignement par correspondance en France. Sa création remonte au tout début des années quarante, il s'appelait à l'époque le Centre National de Télé-Enseignement (CNTE) et devait répondre à l'époque aux problèmes de scolarité liés à l'affluence d'élèves en "zone libre" au cours de la deuxième guerre mondiale.

Le CNED était et est resté principalement un auxiliaire de l'Éducation Nationale auquel il est fait appel lorsque les autres modes d'enseignement et de formation sont indisponibles ou inadaptés. Il s'adresse en priorité aux individus, à qui il fait parvenir la formation à domicile.

Après la guerre, les cours du CNED ont continué à s'adresser à des enfants ne pouvant se rendre dans les établissements scolaires français pour divers motifs (maladie, handicap, vie à l'étranger...). Actuellement, le nombre d'adultes inscrits à ces cours (80 % des inscrits) a dépassé celui des enfants en âge scolaire. Cette évolution de l'âge du public a conduit le CNED à développer et diversifier son offre en matière d'enseignement supérieur et de formation professionnelle continue. Parallèlement, il a diversifié ses méthodes et ne s'adresse plus seulement à des individus isolés mais aussi à des groupes : classes, établissements scolaires, amphithéâtres, entreprises, etc.

Si le CNED a fondé l'essentiel de son savoir-faire sur l'enseignement par correspondance, il s'intéresse depuis plusieurs années aux nouvelles techniques de communication comme instruments pédagogiques et véhicules du savoir.

Parallèlement à l'enseignement par correspondance, se développent des initiatives de formation sur support radiophonique : Radio-Sorbonne en 1937, suivie dans les années soixante par d'autres universités de Paris et de province. C'est de cette période que datent les premières réflexions sur la télévision éducative : Télé-CNAM en 1963, Télé-Promotion-Rurale en 1966, projets de l'UNESCO introduisant la télévision éducative dans les pays en voie de développement comme support de formation de masse.

 B) L'Enseignement à Distance de seconde génération - L'EAD de seconde génération, dont l'archétype est l'Open University britannique, se caractérise par l'introduction d'une plus grande variété de médias : l'enseignement sous forme de documents, est délivré à l'aide de divers supports (papier, cassette audio ou vidéo, didacticiel), parfois associés à des émissions de radio ou de télévision. Il corrige les déficiences de l'EAD de première génération en mettant en place une assistance aux apprenants isolés au moyen de tuteurs et d'un réseau de centres de ressources régionaux.

 A la fin des années quatre-vingts, ces systèmes d'enseignement à distance ont commencé à utiliser les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) dans le processus d'apprentissage : 

    soit pour que la formation puisse s'appuyer sur des supports pédagogiques multi-médias plus interactifs, plus auto-adaptatifs aux stratégies d'apprentissage de chaque apprenant. L'informatique (didacticiels, hypermédias, "tuteurs intelligents") est généralement au centre de ces dispositifs ;
    soit pour faciliter la communication entre l'apprenant et l'institution éducative, en particulier pour les relations avec le tuteur. Les services de télécommunication (le téléphone, le fax, la messagerie électronique, la visioconférence) en sont alors le vecteur dominant ;
    soit pour combiner toutes les ressources de la technologie dans des solutions mixtes associant autoformation et la communication distante avec un tuteur.

 

Dans la période des années 80 à 90, les expériences de formation à distance basées sur l'usage des nouveaux médias se sont multipliées en France. La logique de l'offre y prévalait et correspondait à l'essor de l'informatique (expériences basées sur l'Enseignement Assisté par Ordinateur -EAO-) et de la télématique (expériences de Questions à Choix Multiples -QCM- sur Minitel, d'échanges par messagerie entre les écoles), la naissance du câble (expériences des lycées câblés, lancement d'une télévidéothèque scolaire "Éducable"), du RNIS (Réseau Numérique à Intégration de Services, expériences de banques d'images pédagogiques).

C) L'Enseignement à Distance de troisième génération - La troisième génération de l'EAD est celle de l'apprentissage ouvert.

Selon certains spécialistes, la distinction entre systèmes d'EAD de deuxième et troisième génération est d'abord technologique et basée sur la combinaison de plusieurs médias (multi-média) :

 "Les principaux spécialistes d'enseignement à distance s'accordent pour considérer qu'après la première génération, celle des cours par correspondance, et la deuxième, celle de l'Open-University mariant beaucoup d'écrit et un peu de télévision, vient une troisième génération utilisant une plus grande variété de médias dans une mixité entre enseignement à distance et enseignement présentiel" .

 D'autres comme la Commission de l'Union Européenne insistent sur le côté fonctionnel et flexible de ce type de système : "Le potentiel extraordinaire de l'apprentissage ouvert et à distance résulte de son affranchissement à l'égard des contraintes de temps, de lieu et de rythme. Cette indépendance lui confère une grande souplesse qui lui permet de s'adapter aisément aux besoins du consommateur. Il présente un attrait particulier pour la population active, car il peut être adapté de manière à n'interférer qu'au minimum avec les exigences du travail. Ce type d'apprentissage peut être utilisé seul ou intégré à d'autres systèmes d'apprentissage par des individus largement dispersés ou concentrés en groupe".

 L'UNESCO, enfin, fait une distinction de registre entre les notions d'Enseignement à Distance et d'apprentissage ouvert. Bien que les deux termes soient souvent employés l'un pour l'autre, la notion d'apprentissage ouvert fait référence à une certaine conception de l'accès à la formation, conception qui tend à affranchir l'accès à l'éducation des barrières de toutes natures : matérielles, culturelles, sociales, institutionnelles... L'une de ces barrières étant celle des diplômes fixant les conditions d'accès à l'enseignement supérieur : "Tandis que l'enseignement à distance désigne les multiples formes de transmission et d'accès médiatés au savoir caractéristiques d'une situation ou, pour tout ou partie du programme d'étude, apprenants et formateurs se trouvent disséminés dans le temps et/ou l'espace, la notion d'apprentissage ouvert renvoie à une certaine philosophie de l'enseignement impliquant ouverture et disponibilité totales d'accès aux opportunités de formation".

 En ce sens, l'Open-University britannique et le CNAM en France qui admettent les sans-diplômes à suivre une formation continue ou un enseignement supérieur sont des institutions véritablement ouvertes même si, par ailleurs, l'usage des nouvelles technologies de la communication reste en pratique relativement limité dans les formations qu'elles dispensent.

Ajoutons que, pour ces institutions, l'ouverture se traduit aussi par le fait que les études et les formations qu'elles dispensent sont elles-mêmes validées par des examens et, en cas de réussite, sanctionnées par l'obtention d'un diplôme. Les sans-diplômes ont ainsi accès à des formations diplômantes et reconnues sur le marché (comme nous le prouve l'intérêt des entreprises pour les ingénieurs des arts et métiers formés par le CNAM).

 Dans le prolongement de cette "philosophie" d'ouverture, la télévision éducative a retrouvé une place à part entière à travers la mise en œuvre de la chaîne de la connaissance et du savoir, la Cinquième (décembre 1994).

 Après un déclin largement expliqué par un contexte audiovisuel dérégulateur et donc concurrentiel, la télévision éducative est apparue comme un moyen de rompre avec les schémas établis et de réduire les sources culturelles d'exclusion : "La Cinquième doit contribuer à débloquer la société française, en tentant d'améliorer l'insertion sociale et économique des Français" (La Cinquième, 1995).

 La chaîne se positionne comme un support à la formation à distance complémentaire de la formation traditionnelle.



Par Jean-Claude MAROT et Anne DARNIGE , extrait du livre "La téléformation" , collection "Que sais-je ?" N° 3168, Déc. 96  

   
 
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